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SAINT-MAUR peintre au TONKIN


Le potier – huile sur toile (Hanoï ; 1944)

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Nature morte

J’installe un petit pot sur un trépied. D’un mouvement élégant et réel, j’évoluerai en spirale sur la toile et en moi.

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Le « Potier » est terminé – Apparence si simple – Devant la toile finie je pense à Delaunay et Picasso, aux peintres en bâtiment, aux sucres d’orge et au soleil sur la Méditerranée. C’est ma première toile simple.

J’ai traversé une épaisse couche de sentiments humains (gluants), pour atteindre aux sensations libérées.

Qui la comprendra ?

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A Paris ça me placerait très haut, car ma personnalité y est tout entière. Bien que la parenté avec Delaunay puisse me jouer un vilain tour, ce ne pourrait être qu’au premier coup d’œil – il n’en est rien – C’est construit N.C.V. (Nul – Calme – Vibré) en spirale et orphique – etc. …

Donc c’est un total de mes sommes et non une dérivation des orphiques.

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Devant le « Potier » : ils n’ont a rien à dire.

Il n’y a pas ce qu’ils y auraient mis, il y a tout ce qui est plus grand qu’eux – oui mieux – ils n’ont pas de quoi combler cette forme.

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20 Mars - Yen Phu : Bon dimanche.

Mais devant le « Potier », un silence assez total – Devant mon portrait ils démarrent, sentent, disent-ils, la grande chose difficile à expliquer (un peu ce que je ressentais devant Picasso). Ils ont la franchise de ne rien dire devant mon potier. Hélas oui, je m’embarque dans une voie où je serai bien seul ! Ce sera dur, mais j’y croise Van Gogh, Gauguin (les couleurs)…

Extraits du journal de Saint-Maur :

« Ombres sacrées » inédit (année 1944)

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SAINT-MAUR et RAOUL ADAM


 
Sans titre - Saint-Maur (huile) - collection privée

« Mon maître Raoul Adam qui était mon professeur de dessin au lycée de Châteauroux venait m’apprendre sur le tas à peindre les paysages de la Creuse à chaque grande vacance, grâce à la générosité de mon père. Trois fois par jour mon maître et moi plantions nos chevalets dans les garennes surplombant Gargilesse. Peintre impressionniste je le devins sous le regard aigu de ce maître adorateur du soleil et des jeux de lumière éclaboussant tour à tour les granits bleus, les pailles dorées et les toits rouillés. Trois pochades par jour m’apprirent que les verts et les violets de l’aube ne sont pas composés comme ceux du couchant. Le public paysan du bistrot discutait de nos travaux le verre à la main et nous étions heureux comme des hommes libres.

Las ! Mon maître ne le fut pas très longtemps ; une bagarre d’atelier lorsqu’il était jeune lui avait coûté un œil, crevé par un pinceau, et mal énucléé cet œil absent le faisait souffrir au point qu’un jour de désespoir dû à la mévente de ces toiles et à son mal il mit fin à ses jours. Heureusement, j’avais eu le temps de lui communiquer une grande joie : la découverte de la Méditerranée. A bord d’une Bugatti sport que mon père m’avait acheté espérant me décourager de la carrière d’artiste maudit, nous partîmes pour Marseille. Jamais cet œil de capitaine au long cours n’embrassa de flots avec plus d’amour et d’éblouissement. Il était debout gesticulant dans le spider de la voiture, et tout à coup il s’effondra sous le choc de l’émotion : « Cher ami ! »  

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Les souvenirs muets circulaient entre ces hommes du cru et nous nous sentîmes un peu étranger. La nuit nous sépara. 
---- « Quel pays ! » murmura Adam qui disparaissait dans le brouillard à deux mètres devant moi. « On se croirait en l’an mille. »

J’avouerais que, enfant de la campagne, je ne me sentais pas aussi éloigné de la réalité campagnarde que lui, élevé « à la ville » comme l’on dit ici. La ville n’était que Châteauroux à quatre vingt kilomètres de là, tapie autour de la lourde cathédrale maçonnée par la bourgeoisie cabotine, flanquée d’une solide caserne et couvant de glorieux souvenirs napoléoniens. Pensionnaire durant des années, élève indiscipliné, fils de voltairien, baudelairien, j’étais constamment privé de sortie dominicale et devais recopier sans fin les devoirs de la célébrité de ce lycée, le brillant élève Jean Giraudoux. Paix à son âme et à celle bien abritée sous le haut de forme élimé du censeur Monsieur Duchâteau. Ce fut lui, cependant, qui dévoila à mon père ce que serait ma vie : « artistique », au grand dam de celui qui voulait faire de son fils un scientifique.

L’avenir était donc dans la science ! …. à Châteauroux, si près de Gargilesse, dont la plupart des habitants ignorait la présence.

Le soir après dîner, Adam et moi, rentrés dans notre petite chambre style George Sand, sous les poutres brunes apparentes et les rideaux des lits Napoléon III paysan, la bûche de châtaignier se consumant dans l’âtre, nous savions que nous étions irrévocablement des artistes. Lui, d’accord, évidemment, mais moi, pourquoi ? »

   Saint-Maur, extrait de « Malicorne » (1976 - inédit)

        La roulotte - Saint-Maur (huile) - collection privée

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René Dauthy (1907-1997), ancien haut fonctionnaire, et ami de Saint-Maur depuis le lycée, relate le cheminement de Saint-Maur vers l’Art Mural :

« Ayant noué leurs premiers liens de camaraderie au lycée de Châteauroux, où ils étaient tous deux pensionnaires, Samuel Guyot – qui prendra plus tard le pseudonyme de Saint-Maur – et René Dauthy s’en évadaient le jeudi après-midi pour suivre des cours de peinture, au bord de l’Indre, dans l’atelier de Raoul Adam, artiste de l’école impressionniste et professeur exigeant pour la qualité du dessin.
Alors qu’Armand Guillaumin, l’un des créateurs du paysage impressionniste français, avait été le peintre de Crozant, à la limite du département de la Creuse, Raoul Adam avait, en son temps, élu domicile à Chambon, petit village de la commune d’Eguzon, dans l’Indre, où il exerça son talent. Il était le peintre de la rivière dans sa partie sauvage, de ses paysans aussi dans leurs travaux agricoles, s’étant tout particulièrement attaché aux berges rocheuses couvertes de fougères, de buis et de bruyères jusqu’au pont des Piles…
Chassé de Chambon par les travaux de construction d’une usine de production d’électricité, dans les années 1920, Adam était venu à Châteauroux où il avait obtenu un emploi de professeur de dessin au lycée. Plus tard il devait s’installer à Thevet-Saint-Julien, puis à Nohant, et devenir peintre de la Vallée Noire…
Sous la direction de Raoul Adam, il (Saint-Maur)  avait poursuivi sa formation de peintre paysagiste, passant notamment un été à Saint-Benoît-du-Sault et sur les rives du ruisseau le Portefeuille, à une vingtaine de kilomètres d’Eguzon…
Peu à peu, sa propre personnalité se dégageait, et dans l’enseignement artistique qu’il lui donnait, Adam, au style puissamment impressionniste, laissait l’élève s’exprimer, avec les tonalités d’une palette toute autre que la sienne. Le professeur et l’élève eurent l’occasion d’exposer ensemble à La Châtre, ente autres artistes de la région, en 1928. Il y eut, en outre, au casino de Néris-les-Bains, une présentation d’œuvres du professeur et du peintre débutant. »

                   René Dauthy extrait de « Saint-Maur et l’Art Mural 1935-1949 »

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Article de l’Écho du Berry paru le 15/10/2008 :

 « Raoul Adam (1881-1948) est un peintre méconnu dans le val de Creuse. « Il a pourtant séjourné ici. Il s'est même marié à Eguzon et a été inspiré par les paysages de la vallée » indiquait Jean-Paul Thibaudeau, président de l'Aspharesd, lors du vernissage de l'exposition consacrée à ce peintre au musée de la vallée de la Creuse en. Natif de La Châtre, Raoul Adam s'est fait une spécialité de décrire dans ses tableaux la vie quotidienne du Boischaut. Il a également peint des paysages de la Vallée noire, des vues de la Creuse, de Saint-Benoît-du-Sault... L'exposition rassemble des huiles et des sanguines prêtées par le musée Bertrand de Châteauroux, l'association des amis de Raoul Adam, sa descendance, et d'heureux propriétaires privés locaux. On y voit des vendanges dans le pays de La Châtre, des scènes de labour, des paysages et un tableau un peu à part, avec une touche plus impressionniste. Il s'intitule Vallée de la Creuse. Son propriétaire, qui l'a toujours vu accroché dans sa salle à manger, est un peu ému qu'il fasse partie d'une exposition. La commune d'Eguzon a elle-même acquis une toile d'Adam, Le marché à Eguzon, lors d'une vente aux enchères. Et c'est d'ailleurs à cette occasion que l'idée d'une exposition est née. 
Pourquoi Raoul Adam est-il resté relativement méconnu et est-il tombé dans l'oubli ? « Parce qu'il avait, paraît-il, un caractère épouvantable, » explique avec humour Jean-Paul Thibaudeau. Jusqu'au 9 novembre, le public peut aller découvrir une quarantaine de tableaux, au musée d'Eguzon. « Et si jamais vous avez des renseignements sur Raoul Adam, n'hésitez pas à nous en faire part » conclut Jean-Paul Thibaudeau. » 
  
Raoul ADAM, « Marché à ÉGUZON » 1903
Huile/toile 130 x 195cm.
 Propriété de la Municipalité d'Éguzon-Chantôme

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Raoul Adam (1881-1948), peintre des paysages de la Vallée Noire et de la Vallée de la Creuse. La demeure, qui lui servit d'atelier de 1939 à 1947, est actuellement une salle d'exposition sur la place de Nohant. (Entre-temps malheureusement son atelier avait brulé et une grosse partie de son œuvre était partie en fumée.)

Né à La Châtre (Indre) le 22 juillet 1881, après des études à Paris, il suit les cours des Arts décoratifs. Il fréquente les ateliers de Cormon et de Gustave Colin. La vallée de la Creuse inspire ses premiers tableaux berrichons. Il s’installe dans la Vallée noire dont il peint  les paysages et la vie des campagnes. Il fait construire un atelier à Nohant où il s’éteint le 12 octobre 1948.



Différents états de la matière (série 2)



   
Miss Saint-Germain - polyester craquelé (années 50) et un tirage en Polybéton (1973)

    
     
Triptyque – dessin exposé à la galerie Creuze en 1951 et sa déclinaison en acier


             
Le jour et la nuit - fusain sur Canson et sa déclinaison en Polybéton


Mme Formé Bécherat – 1942, Hanoï – dessin puis transposition à l’huile


Les ailes de l’Ange - 1973 triptyque articulé

fer (h.3m) et déclinaison en Polybéton (h.1,3m)

Saint-Maur et ses écritures monumentales

Le dessin de Saint-Maur rencontre l’architecture
Argenteuil 1974

Ecritures monumentales dans la cité nouvelle d’Argenteuil -1974
Artiste SAINT-MAUR (dessin et habillage en Polybéton)
Architecte Roland Dubrulle, assistant Guglielmi

Le projet initial pour lequel Saint-Maur avait été contacté devait être une sculpture monumentale. Le thème d’Héloïse et Abélard s’imposait par l’histoire même d’Argenteuil.

Ce projet autour d'Héloïse et Abélard, qui avait enchanté Saint-Maur, n’aboutira malheureusement pas mais celui dont la capacité à concevoir son art et à le réaliser aux dimensions monumentales était reconnue depuis plus de 40 ans (n’oublions qu’il fut le Président fondateur de l’Association de l’Art Mural dès 1935 et l’initiateur de la loi sur le 1% aux artistes dans la construction), se vit  toutefois confier la décoration du piédestal d'une sculpture qui fut commandée à un autre artiste. 

Comme il restait de l’argent sur le budget dédié au 1%, et pour que Saint-Maur ait tout de même une commande conséquente, à la hauteur de son talent et de l'énergie déployée dans cette entreprise, il hérita de la décoration de la « pataugeoire » et surtout des blocs d’accès au parking.

S’agissant d’identifier les sorties de parking par des sigles et un code couleur récurrent, la réalisation finale de Saint-Maur proposait une œuvre monumentale. Les dessins qui habillent les sorties de parking en béton sont extraits de la série des « Anges ». Ils ont été réalisés avec du Polybéton blanc et du Polybéton coloré dans la masse, orange et brun.

Ces écritures sont majestueuses et gracieuses. Idéogammes ou silhouettes, elles apportent un plus de douceur et d’humanité dans ces barres de béton.


ill. de gauche : dessin préparatoire « au 10 » pour report sur les blocs

                         ill. de droite : réalisation en Polybéton coloré dans la masse


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Sur cette maquette préparatoire on voit bien les différentes parties qui seront colorées ainsi que la partie extérieure qui sera un bac à sable.

SAINT-MAUR et Sonia BRANGLIDOR


J’ai connu Saint-Maur quand j’avais quinze ans,
           et pour le faire connaître, je vais essayer de dire ce que j’ai ressenti.

Je n’étais pas « cablée » sur l’art, envie de faire des choses avec lui dans ce grand bateau où il était présent aux autres, tellement lui-même aussi (vivant, jeune), donc partager des choses très simples et quotidiennes (parler, boire du punch, jouer …)

Déjà cela m’a appris beaucoup sur l’art :

1.      un artiste n’est pas coupé de la vie
2.     un artiste laisse d’abord vivre, pousser les choses autour de lui, présent, attentif, et dans les choses
3.      tout ce qu’il sentait de force de vie dans quelqu’un, même force
   qu’il sentait dans l’univers, les formes, ce sur quoi il travaillait,
   comme des gens qui passent, dansent, des regards, des gestes,
                          des sourires qui demeurent, qui s’enfuient

·         Il aimait les gens jeunes, les choses qui bougent
·        Il n’était pas patient (il n’aimait pas les gens lents, qui ont du mal à bouger leur cœur, leur corps, leur esprit)
·        Il a toujours eu entre 16 et 20 ans pas nostalgique de sa jeunesse mais il n’avait pas quitté ce moment magnifique et précieux où on n’est jamais sûr, où il n’y a pas d’autre continuité que le désir qu’on a des choses. Le désir a beaucoup porté son art

Artiste au sens où il l’était : se laisser traverser par les choses sans se laisser envahir (pas facile)

Artiste du mouvement : il laissait de grands espaces pour rêver, pour que ce soit possible

Il aimait les gens qui vont jusqu’au bout d’eux-mêmes (seul risque qui vaille la peine d’être pris, alors il pensait qu’il avait quelque chose à apprendre)

Il ne croyait pas aux confidences, aux pleurnicheries, aux regrets ; il croyait qu’il faut faire ce qu’on a envie de faire, et ce n’est pas grave si ça s’accompagne de regrets ou d’échecs

Artiste et Homme de l’avant : il se pensait toujours dans la réalisation de ce qu’il n’arrivait pas à faire et qu’il cherchait infiniment

C’était quelqu’un de vivant, qui vous donnait envie de vivre, de continuer (on repartait avec quelque chose, on ne sait pas quoi). Il vous enlevait l’envie d’être triste, vous donnait envie de commencer de faire des choses (sans donner conseil, ni corriger avec une bonne morale cathéchisante et culturelle). On repartait en ayant appris que les chagrins … s’inscrivent aussi dans l’espace.

Saint-Maur, c’était surtout de l’amour et de la vie - sans quoi il n’y a pas d’art

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Esquisse

Saint-Maur : petit, toujours en état d’ébullition, d’une coquetterie incroyable, jouant de tout à fond, se jouant à fond.
Il faut imaginer un p’tit bonhomme, avec un regard très très aigu, plein de soleil et de passé, qui vous questionne et vous pique comme un plat pimenté, plein de refus aussi, il est toujours resté un jeune homme en colère, toujours expliquant pourquoi, comment, il ne faut pas se gâcher soi-même, sur le fil de lui-même. Il donnait envie de créer, de faire, quoi que ce soit, faire quelque chose de soi-même.
Il faisait toujours des choses (il aimait bien ce mot : « des choses »)            


Saint-Maur, c’est un artiste ailé, heureux de créer, qui ne se serait pas découragé de ce désert contemporain et de cette solitude qui nous prend maintenant quand nous parlons d’art.


                      A Saint-Maur : Bon soir !


Sonia Branglidor


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A celui qui a dansé la forme
Bonjour
A celui qui a laissé dans les bras refermés
De l’amour
La place pour penser ensemble
Bonjour
A celui qui rend perceptible le monde
Aux aveugles définitifs
Bonjour
Et pour la caresse au ventre dur
De la vénus enfin trouvée
Bonjour
A sa ligne vivante courbée
Au dessin infini de l’homme torturé
A son corps qui résiste
A ses yeux trop fragiles
Bonjour

Au sourd décidé de chasser les horreurs
Artiste assassiné par les incompétences
A ses contradictions, ses amours, ses errances
A ses heures du soir où il se sentait bien
A ses impossibles matins
A la pensée qu’il nous exige
A l’énergie, à la masse du temps, à la liberté
Si le vide était son combat
L’homme en était le souvenir
Et la tendresse vive
Des forces modernes
Qui le prolonge à l’infini
A Saint-Maur
Bonjour


Sonia BRANGLIDOR
Paris le 19.9.1983


Ce poème est paru dans les Cahiers de Poësie de Maurice Lestieux
 in n°15 (Hiver 1987 -1988) - Hommage exceptionnel à SAINT-MAUR

             Couverture du n° 15
                Page 2 du Cahier de Poësie n° 15

           Page 3 du Cahier de Poësie n° 15

Page 6 et 7 du Cahier de Poësie n°15
(texte et dessin de Saint-Maur)

              Page 8 et 9 du Cahier de Poësie n°15
              (texte de Sonia Branglidor ; dessin de Saint-Maur)

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Affiche pour une soirée dans l’atelier de SAINT-MAUR avec projection de films
de MÉLIÈS en présence de Madame Madeleine Malthête-Méliès, sa petite fille.
Ceci pour marquer le 80ème anniversaire de la naissance de SAINT-MAUR (1906-1979)


 

SAINT-MAUR et l'Ange


Si j’étais l’aile d’un Ange,
l’aile, duvet caparaçonné,
l’aile tiède ou coupante,
la porte ouverte ou fermée
d’un ciel infernal ou évident,
l’ouverture entrebâillée d’un destin,
la moitié visible de l’invisible,
je chercherais sans cesse l’aile-sœur.

A nous deux,
nantis des apparences,
nous irions en toute certitude
jouer à l’Ange des multitudes.

Saint-Maur "L'Art Vénusien" (1970 inédit)
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  L’Abbaye de Quincy
accueille les « Anges » de Saint-Maur (1906-1979)

 le grand tombeau blanc


Les Anges métalliques de SAINT-MAUR sont tirés d’un recueil de dessins intitulé l’Ange. Mais comment sont nés ces dessins dont la fluidité évoque la calligraphie et dont la forme rappelle les caractères chinois ?

SAINT-MAUR connaît bien l’histoire de l’art et il se trouve qu’il a vécu au Maroc et en Chine. Pourtant la genèse de l’Ange procède d’une lente maturation sur 25 ans. En 1971, alors qu’il est cloué sur un lit d’hôpital, il voit les murs de sa chambre s’habiller de lignes d’ombre et des idéogrammes se mettre à danser devant ses yeux. SAINT-MAUR remplit un cahier de dessins dans une nuit de fulgurance.

Pour s’abstraire des conventions propres à l’écriture, SAINT-MAUR élabore un alphabet personnel compréhensible par tous les peuples et pour donner plus d’ampleur à l’Ange, il réalise des sculptures en fer de grande dimension. Ces Anges ont été présentés sur le plan d’eau des Jardins de Drulon en Berry (2001), puis exposés dans le parc du Prieuré de Mayanne dans la Sarthe (2004). Ils furent également figurants pour le ballet de l’Ange, en Avignon et au TEP, avec les danseurs de l’Opéra de Paris.

La série des « Anges » a subi des ans l’irréparable outrage. Pas totalement irréparable, si l’on maîtrise les techniques adaptées, dispose du matériel et… de la place nécessaire. La commune de Cruzy-le-Châtel, dans une démarche culturelle et patrimoniale, a proposé aux ayants droit de SAINT-MAUR d’entrer en contact avec les artistes de la forge-musée Marlin-Veillet.

Ces derniers ayant accepté le challenge, les héritiers de Saint-Maur ont confié les œuvres à la municipalité dans le double but d’en conduire la nécessaire restauration à la forge, puis une fois les Anges ayant retrouvé leur superbe, de les exposer en un lieu idoine, digne et puissant. La forge, l’atelier de menuiserie sont des lieux typiques de l’histoire de l’artisanat français. Ils perpétuent, façons et traditions, justesse du geste, précision du coup d’œil.

Ainsi, c’est à double titre que la forge, grâce aux artisans qui l’animent (avec maîtrise et passion) participe à toutes les manifestations patrimoniales touchant la commune de Cruzy-le-Châtel. Dès les beaux jours, l’endroit s’anime, les projets sont débattus et les restaurations se succèdent avec bonne humeur et compétence.

Pour le lieu, nul n’était plus qualifié que l’abbaye de Quincy, qui, dans son écrin préservé de vallons, allie chaque année la modernité au charme indicible, mais combien captivant, de ses constructions.

     Yann Guyot - texte de présentation pour l’exposition de Quincy (été 2010)

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 Dans le prieuré de Mayanne (Sarthe) 2004

 Dans le prieuré de Mayanne (Sarthe) 2004
Dans le prieuré de Mayanne (Sarthe) 2004

 Les ailes de l’Ange -  prieuré de Mayanne (Sarthe) 2004

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Les  Anges de Saint-Maur



Tout est lumière. La matière la plus dense est lumière. Le noir même est lumière. La science moderne depuis Einstein sait cela, comme l’ont su bien avant elle, par expérience intérieure, tous les grands êtres d’esprit, des sages hindous aux mystiques chrétiens. La densité des formes, le spectre des couleurs, le seuil entre le visible et l’invisible, tout est question de fréquences lumineuses selon une gamme dont la source est la lumière blanche, vibration pure imperceptible aux sens physiques humains. 
Il y a en l’homme, à partir de sa base physique, un appel à s’élever, à toucher des fréquences de plus en plus hautes (jusqu’à l’extase, la joie, la béatitude), à être réabsorbé par la source de lumière, qui serait l’Amour que nous cherchons tous. L’homme est le lieu de cet appel, qu’il en soit conscient ou non. Cet appel est son voyage, un voyage vers son énigme, son joyau.
Avec la conscience vient l’intensité de l’appel, comme une nostalgie irrépressible de l’origine et  de l’avenir. C’est le point d’un seuil où, à l’appel qui monte, répond la première présence invisible qui descend : l’ange, flux de lumière qui guide l’homme au-delà et au-dedans de lui-même. L’ange est pour l’homme un médiateur, un passeur vers la rencontre de son âme.
 Les Anges de Saint-Maur sont le fruit d’une quête intime à l’artiste et sa tentative, pour nous, de faire signe vers l’ange en nous. Ces sculptures, de structure nécessairement imposante et aérienne (puisque l’ange est la première dimension du Ciel qui s’impose à nous, au commencement du retour à soi), ces sculptures sont des " écritures dans l’espace ". C’est-à-dire qu’elles ne sont pas, en tant qu’objets, leur propre but, mais signent et rythment le vide du ciel d’une certaine manière afin de nous conduire à éprouver en nous-mêmes la présence de l’invisible, la coulée d’énergie lumineuse dont nous sommes secrètement tissés. Il faudrait  regarder vraiment ces écritures, ces rythmes, s’en imprégner comme d’une musique, puis fermer les yeux, les laisser soudain s’effacer et suivre en soi, ressentir les sillages d’un silence. Car c’est du silence que naît la véritable vision, la promesse de lumière.
Chaque sculpture, chaque forme montre un visage de l’ange qui, essentiellement, est sans visage. Il y a l’ange qui indique la question, l’appel et le pas de l’homme; l’ange qui esquisse le couple intérieur masculin-féminin en chacun et chacune de nous, couple à partir duquel nous touchons l’unité de l’âme; l’ange aussi qui porte notre tombeau comme le symbole d’une transformation possible, au sein de notre existence même, du corps physique mortel en Corps de Gloire immortel. L’ange de la mort est l’ange de la résurrection. Il dit à l’homme, d’une voix qui ne s’entend que dans le lac du cœur, que sa naissance biologique n’est qu’une porte vers sa véritable naissance, la naissance à la souveraineté de l’âme.
Du point de vue de l’ange, mourir n’est qu’une croyance. Et le voyage de l’homme, s’il consent à se laisser guider, pénétrer par une autre puissance de lumière, est peut-être sans cesse de mourir à cette croyance, par amour de la lumière. Car seul celui qui meurt par amour ressuscitera.


                                                                         Gérard Signoret

                                                                                            Ancien membre du Musée d’Orsay


Pour la publication de ce texte dont l’auteur souhaite qu’elle soit intégrale ou rien, merci de nous soumettre le bon à tirer.

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L'Ange portant son tombeau
 jardin de l'abbaye de Quincy (Yonne) - été 2010

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« D’où sommes-nous venus, quel est l’ancêtre étrange
L’agreste, inconscient et lascif animal
Qui, séparant un jour le bien d’avec le mal,
Fit naître en nous l’angoisse et la pudeur de l’ange. »

(Anna de Noailles cité par Jean Rostand in « L’homme »)

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Les Anges sous la neige à Montgeroult (95) – hiver 2011

Les Anges sous la neige à Montgeroult (95) – hiver 2011